Un oiseau tropical aux couleurs vives qui traverse le ciel parisien ? Ce n’est pas un mirage. Depuis quelques années, la perruche à collier s’est installée dans les arbres franciliens, au point de devenir un membre insolite du paysage urbain. Entre fascination et inquiétude, comment expliquer cette étrange invasion ?
Un oiseau exotique qui ne passe pas inaperçu
Avec son plumage vert éclatant, son bec rouge vif et sa longue queue effilée, la perruche à collier attire tous les regards. Le mâle se distingue même par un collier noir autour du cou.
Difficile d’imaginer qu’un oiseau originaire d’Afrique subsaharienne ou d’Asie, comme l’Inde ou le Pakistan, puisse survoler les parcs de Paris. Et pourtant, c’est bien Psittacula krameri, espèce régulièrement aperçue dans les grandes villes comme New Delhi, que l’on croise désormais dans les bois parisiens.
De l’aéroport aux branches : une arrivée inattendue
Ce phénomène n’a rien à voir avec une migration naturelle. Selon plusieurs témoignages, un petit groupe de perruches se serait échappé à la fin des années 1970 de l’aéroport d’Orly, lors d’un transport aérien.
Dès leur arrivée accidentelle, elles ont su s’adapter. Quelques couples établis, un habitat hospitalier, un climat tolérable… Et une nouvelle population a vu le jour, qui n’a cessé de croître depuis.
Une expansion rapide en Île-de-France
Aujourd’hui, on estime à entre 10 000 et 20 000 individus la présence de perruches à collier dans la région parisienne. Vous pouvez les observer dans :
- le bois de Vincennes
- le bois de Boulogne
- les grands parcs urbains
- les lotissements riches en vergers et jardins
Et Paris n’est pas seule dans cette situation. D’autres métropoles comme Londres, Bruxelles ou Amsterdam connaissent la même prolifération. Ce bel oiseau tropical devient peu à peu un citadin comme les autres.
Le secret de leur adaptation au climat parisien
Comment un oiseau d’origine tropicale résiste-t-il aux froids hivers d’Île-de-France ? Plusieurs facteurs expliquent leur survie :
- Régime alimentaire varié : fruits urbains (mûres, pommes, cerises), graines des mangeoires, bourgeons, gousses…
- Présence de refuges naturels : platanes, marronniers, arbres creux dans les parcs et jardins
- Structure urbaine verte : couloirs arborés facilitant les déplacements et la recherche de nourriture
- Vie sociale en groupes : elles dorment, se nourrissent et alertent ensemble, ce qui renforce leur résilience
En somme, la ville est leur alliée : elle offre un abri, de quoi manger, et même des niches pour nidifier.
Une beauté qui divise les riverains
Certains habitants les trouvent délicieuses à regarder. Leur vol rapide et leurs couleurs vives apportent de la vie dans les espaces verts. Mais leurs cris puissants, particulièrement tôt le matin ou au coucher du soleil, peuvent vite devenir dérangeants.
En groupe, elles peuvent envahir inexplicablement un arbre pour y passer la nuit. Et leur cri perçant, un “kiik-kiik” répétitif, a de quoi retourner les oreilles des plus patients.
Espèce invasive : un équilibre menacé ?
En Europe, la perruche à collier est classée comme espèce invasive. Cela signifie qu’elle peut avoir un impact sur les équilibres écologiques :
- Concurrence pour les nids avec d’autres oiseaux comme les mésanges ou les pics
- Risque de raréfaction des ressources alimentaires locales
- Pression sur les vergers dans certaines zones rurales ou périurbaines
Pour l’instant, aucune mesure drastique n’est envisagée en Île-de-France. Mais les autorités surveillent leur évolution. Mieux comprendre pour mieux réagir, telle est la stratégie actuelle.
Où et comment les observer sans les déranger
Envie de les apercevoir sans quitter la région ? Voici quelques conseils pratiques :
- Moment idéal : tôt le matin ou en fin d’après-midi
- Lieux à privilégier : les cimes des grands arbres isolés, en bord de pelouses
- Signe distinctif : leur cri aigu facilement reconnaissable
Pour une observation respectueuse :
- gardez une distance raisonnable
- n’utilisez pas de flash pour les photos
- évitez de les nourrir, même si la tentation est forte
Vous pouvez aussi participer à des programmes d’observation organisés par des associations naturalistes. Notez vos observations (lieu, heure, nombre d’oiseaux) pour contribuer à la recherche.
Une cohabitation à apprivoiser
Les perruches vertes racontent beaucoup de notre époque : mondialisation, échanges intercontinentaux, urbanisation croissante. Une simple évasion accidentelle à Orly a suffi pour réinventer l’écosystème des parcs franciliens.
La prochaine fois que vous lèverez les yeux et verrez une bande d’oiseaux verts foncer sur les toits parisiens, souvenez-vous : ils sont là parce qu’ils ont su s’adapter, parfois mieux que les espèces locales.
Faut-il les craindre, les admirer, ou simplement apprendre à vivre avec ? À chacun de se faire une opinion… mais surtout, gardez les yeux ouverts : la nature ne cesse jamais de nous surprendre.





